
L’histoire de l’humanité est malheureusement semée de destructions de bibliothèques, intentionnellement par l’homme, par les guerres et dictatures ou bien accidentellement suite à catastrophe naturelle…
Des millions de livres précieux et documents rares ont à jamais disparus, réduits en cendres par la bêtise humaine. Des milliers de poètes, d’écrivains, de savants resteront à jamais dans l’oubli et une somme colossale de connaissance et de savoir est à jamais perdue.
Il est impossible de dresser une liste exhaustive de toutes les bibliothèques disparues, en voici toutefois quelques exemples historiques:
L’incendie de la Grande librairie d’Alexandrie par Jules César en 47-48 avant J.C, est sans doute l’exemple historique le plus illustre. On estime à environ 700 000 le nombre de volumes que renfermait la bibliothèque. Elle fut le centre d’une activité intellectuelle intense et le pôle d’attraction des lettrés et des savants du monde grec.
Au IXe siècle, la Bibliothèque de Cordoue avait la réputation d’avoir possédé quelques 600.000 ouvrages. Elle était la troisième grande bibliothèque du monde islamique. Al-Mansur, bibliophile à Cordoue, est le précepteur du calife. Mais les oulémas, qui trouvent suspects les livres, font pression sur lui afin qu’il détruise (vers l’an 1000) la bibliothèque du calife, d’une richesse fabuleuse.
Au Caire, en 1004, le calife fatimide al-Hâkim fonde une « Maison du savoir » et y dépose les ouvrages de sa propre bibliothèque. Des savants de toutes disciplines s’y retrouvent pour confronter leurs points de vue. Utilisée par les Fatimides comme un outil de diffusion de la doctrine ismaïlienne, une des branches du chiisme. Cette bibliothèque finira bradée par l’arrivée au pouvoir de Saladin en 1171. Pour des raisons d’argent, il doit payer ses soldats et organise des ventes aux enchères.
Les croisades occidentales apportent aussi leurs contributions destructrices. La plupart des Francs sont des sauvages et ne savent pas lire. En 1204, à Constantinople, où se trouve la plus grande bibliothèque au monde et qui rassemble toute la littérature grecque, ils se promenaient avec des livres au bout de leurs lances.
C’est en 1453 qu’a lieu l’incendie de la bibliothèque de Constantinople en 1453. Cet événement aura une influence majeure sur la littérature du XVIe siècle puisque de nombreux manuscrits passent d’Orient en Occident. On commence à prendre en compte la relativité universelle puisqu’il n’y a désormais plus un seul et unique foyer de la civilisation.
En 1728, La bibliothèque de Coppenhague détruite par le feu était considéré comme une catastrophe nationale provoquant la quasi disparition du « vieux Copenhague », celui du Moyen Âge et la destruction de documents inestimables, conservés dans la Bibliothèque universitaire.
Plus proche de nous, l’incendie de la Bibliothèque municipale de Chartres le 26 mai 1944, au cours duquel furent sérieusement endommagés ou détruits près de deux mille manuscrits inestimables. Ils formaient une collection exceptionnelle, en raison du rôle de premier plan que joua l’École de Chartres dans l’histoire intellectuelle de la France lors de la Renaissance du XIIe siècle.
Le 2 septembre 2004 un incendie détruisait entièrement la Bibliothèque Anna-Amalia de Weimar en Allemagne. Cette bibliothèque, qui prit le nom de la duchesse Anna-Amalia de Saxe-Weimar au XVIIIe siècle, fut dirigée par Goethe pendant près de trente-cinq ans. Elle contenait des trésors inestimables: 2000 manuscrits du Moyen Age, 8400 cartes et une importante collection de bibles et de partitions. Alors que l’incendie faisait rage, le directeur de la bibliothèque retourne à l’intérieur du bâtiment et sauve 4 livres, dont la Bible de Luther. Au total 50 000 ouvrages disparaissent dans les flammes et 62 000 sont plus ou moins endommagés.
En 1870, le bombardement de Strasbourg par les prussiens détruisit complètement la Bibliothèque des Dominicains de Strasbourg. Elle renfermait en son sein le très fameux Hortus Deliciarum (le jardin des délices) ainsi que plus de 400 000 incunables qui partirent tous en fumée.
Le Hortus Deliciarum était un manuscrit alsacien du Moyen Age dont l’histoire est étroitement liée au Mont Saint Odile et à son monastère fondé vers la fin du VIIème siècle par le duc alsacien Etichon dont la fille, la future Sainte Odile en fut la première abbesse.
L’Hortus Deliciarum est généralement présenté comme ayant été rédigé et dessiné par Herrade de Landsberg (1125 – 1195 environ), mais il fut probablement commencé sous l’égide de sa prédécesseur, l’abbesse Relinde de Bavière dès 1159 et pour être réellement achevé vers 1205 , soit 10 ans après la date approximative du décès d’Herrade.
Le manuscrit demeura au Mont St Odile avant d’être transféré en 1546 suite à un incendie au monastère, à Saverne, puis, à partir du 17ème siècle, à la chartreuse de Molsheim où les moines en firent vraisemblablement une copie entière.
A la Révolution en 1789, lors de la confiscation des biens de l’Eglise et de la noblesse, il fût déposé à la bibliothèque de l’église des Dominicains de Strasbourg, qui se trouvait à la place de l’actuel Temple Neuf.
Dans la nuit du 24 au 25 août 1870, des obus de l’armée allemande détruisirent l’église des Dominicains où se trouvait la bibliothèque. En quelques heures, l’Hortus, sa copie ainsi que 400 000 manuscrits et incunables disparurent irrémédiablement dans l’incendie.
La disparition de l’Hortus Deliciarum constitue une perte irréparable et inestimable.
L’Allemagne s’est punie elle même en anéantissant, comme à plaisir, une des pages les plus glorieuses de ses fastes artistiques.
écrivait à ce propos E. Müntz dans la gazette des Beaux-arts en avril 1872.
Combien d’autres trésors connus et inconnus ont-ils disparu à Varsovie, Florence, Bucarest, Saint-Petersbourg ou Sarajevo ? Combien de livres rares se sont évaporés durant les guerres et les révoltes: guerre des paysans, guerre de 30 ans, la Commune, la révolution française, par les pillages nazis ?



















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#1 par Rossi Franck à 23 août 2010 - 20:31
Citation
Je suis tailleur de pierre et je suis un grand fan de l’ancienne eglise des dominicains de strasbourg qui a mes yeux etait l’un des edifices les plus originaux qui soit.
J’ai toujours un peu cette nostalgie de voir des photos ou des gravures car j’aurais voulu decouvrir de nos jours par moi-meme cette merveille d’architecture